Impression

Il y a des moments où je cesse de rêver, comme si la décadence hurlante avait raison de moi. J’ai l’impression qu’à ce moment je me réveille, et que je vois, hélas, la réalité d’un monde terrifié en chute libre.

Je suis immobile et ça dévale tout autour. La vitesse à laquelle s’écroule le monde est exponentielle. Ne lui reste plus qu’un espoir; celui d’enfin toucher le fond et de se fracasser.

Le vertige est pareil à celui d’une chute, mais par ce paysage qui défile et qui tombe, c’est vers le haut que je dégringole. Pourtant, je suis bien immobile. Je le sais.

Mais je vois les autres, ceux qui sont entraînés et qui glissent dans le gouffre. Il en pleut autour de moi, comme autant de larmes d’injustice, de colère et de dégoût.

Ils glissent parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont endormis. Paradoxe du rêve et de la réalité; je préfère croire que c’est eux qui dorment et que je suis dans la lucidité.

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Publié le 16 février 2012, dans État d'âme, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 10 Commentaires.

  1. Impression… nant ! « L’expérience du sablier » est souvent difficile. Elle nous confronte au tourbillon du temps qui passe, happant régulièrement les grains de sable qui nous environnent (amis, familiers, connaissances, inconnus…). Ce grand brassage s’effectue de manière aléatoire et souvent surprenante. De plus, à l’époque bien avancée de ce « Kali Yuga » actuel (voir René Guénon), le sablier accélère et réduit l’amplitude de nos destinées. Ce n’est pas un hasard si la vitesse sous toutes ses formes est LA caractéristique de notre temps…
    Personnellement, j’ai renoncé à toute consultation de « ma boule de cristal intérieure », car ce que j’ai pu y voir m’a terrifié ! Le grand Samuel Beckett a dit : « Les gens que nous aimons meurent et nous nous effritons ». J’oserai ajouter : jusqu’à ce que nous glissions nous aussi dans le gouffre sous les yeux apeurés des autres grains de sable…
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Sablier#Les_plus_grands_sabliers_du_monde

    • Ouais, l’image du sablier, c’est pas mal; il y a peut-être quelque chose de l’autre côté du gouffre. Mais tout ça c’est du domaine de la foi.

      C’est drôle, ce que vous y voyez est très différent de ce que je voyais en l’écrivant. Ça doit être comme pour un tableau; chacun son interprétation !

  2. « Ça doit être comme pour un tableau…. »
    C’est comme pour la vie!
    Dans nos pays, tous voient la chute. surement un décalage entre valeurs inculquées et réalité du moment. Le jardin promis s’avère dévasté. Isolés dans la multitude, nous ne voyons plus que souffrance et dévastation. Fin d’une ère, soubresauts d’une civilisation à l’agonie? Tous voient les autres dormir, renforçant leur propre solitude et incompréhension. Mais dans ce cas, qui sont les vrais dormeurs? Où est donc la lucidité de celui qui Voit ou croit voir? Peut être dans l’acceptation du monde tel qu’il est, l’acceptation de notre impuissance à le changer, passants que nous sommes. Quoique nous fassions, nous sommes menés par des croyances, notre temps est trop bref et notre vision bien trop courte. Nous ne sommes pas les peintres de ce tableau, juste des spectateurs ébahis et tourmentés. Pour celui qui s’arrête de rêver, la vie est un mystère.

    • @ Roujsend

      D’abord, bienvenue et merci.

      Je ne sais pas si tout le monde la perçoit, cette chute. Dans le mouvement général, on a l’impression d’être immobile si on tombe tous à la même vitesse…Je vis peut-être seulement dans un milieu qui n’est pas encore trop touché.

      Par contre, ce que je vois, ce sont ce que j’appelle des « demi-valeurs ». Je vois de l’indignation, sans la réflexion qui devrait la soutenir, je vois des gens qui remettent tout en question sans se regarder le nombril, je vois des revendications qui ne tiennent compte que d’une courte vue égoïste. Je vois une démission générale, une remise de la responsabilité entre les mains des « États » (même si ce concept même semble démodé).

      Pourtant, je suis sans aucun doute d’une naïveté exaspérante, mais je crois toujours que nous l’avons, ce pouvoir de changer les choses. C’est juste que cette solitude que vous évoquez, on la ressent peut-être par manque de repères communs auxquels se raccrocher ? Ils sont à redéfinir, probablement. Et c’est en échangeant (et en rêvant) que nous y arriverons, je crois !

      Le sablier…ouais, peut-être.

  3. « …très différent de ce que je voyais en l’écrivant ». Tout à fait normal, puisque :
    « Les mots n’ont absolument pas la moindre possibilité d’exprimer quoi que ce soit. A peine commençons-nous à verser nos pensées dans des mots et des phrases que tout est fichu » Marcel Duchamp
    CQFD !

    • Ceci dit, par vos mots, cher ampipeline, vous permettez à mon esprit d’imaginer un peu plus loin que le fond du puits ! CQFD + 🙂

  4. Peut être effectivement, tout dépend du milieu dans lequel on vit.
    J’ai l’impression que j’ai toujours vu l’indignation sans la réflexion, la remise en question systématique, les revendications égoïste et à court terme, etc… Peut être parce que je naquis dans un milieu dans lequel c’était une façon d’être.

    Redéfinir des repères? Pour qui? et par qui, surtout. Certains s’y emploient, accélérant, il me semble, la chute dont vous parlez.
    Alors, le pouvoir de changer les choses… Oui, mais d’une façon relative. Autour de soi en échangeant et rêvant surement, avec ceux qui échangent et rêvent. Sont ils nombreux autour de vous? Et je parle de connaissances réelles, non virtuelles. Et non pas seulement d’une sélection d’amis, mais de tout ceux que vous connaissez, de près ou de loin. Ne sont ils pas rares, très rares dans la multitude des dormeurs?

    Ceci dit, si nous parlons bien de la même chose… 🙂

  5. Je trouve l’image « parlante », quelque chose chute, tombe, dégringole.
    Les valeurs, les certitudes, les choses stables et consistantes…
    Je ressens aussi cette déliquescence auquel nous ne pouvons pas grand chose, si ce n’est d’abandonner ce qui doit nous quitter.
    Nécessairement il restera ce qui fonde l’être humain, sorti de l’état de con-sommateur.
    Et puis cette phrase d’Hölderlin :  » Là où croit le péril croit aussi ce qui sauve. »

    • Comme tu dis, ça n’est qu’une image sans prétention d’analyse de la situation. Comme le titre l’indique; c’est une impression, momentanée.

      Je me demande parfois si l’état dans lequel le monde se trouve ne serait pas justemnet le résultat de ces impressions collectives juxtaposées, jusqu’à en faire une trame pour la réalité. D’avoir conscience de « l’illusion », de s’en sentir détaché, ne serait-ce pas ce qui nous donnerait le pouvoir de changer les choses ? La citation que tu proposes porte un peu cette idée, peut-être ?

      J’en sais rien…je dis ça comme ça. Déjà que mon unique neurone stagne sur « déliquescence » 😉

  6. @Roujsend

    Je me rends compte que je me suis mal exprimée quand je parlais de repères communs. Je ne crois pas, surtout pas, qu’on pourra remplacer un système par un autre et penser qu’en l’imposant on arrivera à quelque chose de mieux. Vous avez raison.

    Ces repères sont probablement plus individuels que communs, en fait. Mais en atteignant une masse critique, ça pourrait donner une société plus équitable… J’utopise toujours un peu, c’est meilleur que des antidépresseurs.

    Pour vous répondre au sujet des échanges, je considère que même les échanges virtuels ont de la valeur; ils ont une plus grande portée et débouchent parfois sur d’étonnantes amitiés qui n’auraient jamais eu lieu autrement dans le milieu « naturel » dans lequel on évolue…ne serait-ce que par la contrainte géographique.

    Sinon, je suis moi-même endormie à une multitude d’égards; je ne peux porter ma conscience qu’à un seul endroit à la fois. (pff… je ferais mieux d’aller couper les carottes, là.)

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