Jour du dépassement et obsolescence programmée

Caddie par Duane Hanson © All rights reserved

Hier, c’était le Jour du dépassement. Non, ça n’a rien à voir avec quelconque ascension spirituelle ou croissance personnelle.

(Restez à l’écoute ! Après mon histoire de patate, il y a un film.)

Alors, le Jour du dépassement est calculé chaque année par l’ONG américaine Global Footprint Network. Le 27 septembre, on atteignait la limite théorique des ressources qu’on pouvait consommer en 2011. Aujourd’hui, notre empreinte écologique (demande) dépasse la biocapacité (offre). En gros, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi, à partir d’aujourd’hui on consomme à crédit; on empiète sur les réserves de ce que la Terre peut produire. Nous avons épuisé notre budget. Nous produisons aussi plus de déchets que la Terre ne peut absorber. Sentez-vous coupables, parasites.

En 2011, nous aurons eu besoin de 1,35 planète. Et la situation ne va pas en s’améliorant, ai-je besoin de le préciser. La population mondiale s’accroît, et on ne change rien à nos habitudes de production / consommation. Chaque année, le jour du dépassement arrive plus tôt. Au rythme où ça va, on aura besoin de deux Terres d’ici 2050.

Bon…je veux bien continuer à faire ma part pour une utilisation raisonnable de nos ressources. Mais est-ce bien ma faute à moi tout ça ?

OK, j’avoue…j’ai peut-être laissé pourrir une ou deux patates dans ma vie pour ensuite les jeter. Ces pommes de terre ont connu tout un cycle ayant un impact sur l’environnement; elles ont été cultivées, transportées, je les ai achetées (j’ai donné de mes sous durement gagnés pour ça !) puis elles ont fini dans la poubelle et ont été traitées au centre d’enfouissement (ben non, je ne composte pas). Mais je ne suis pas la seule à pécher, hein !

Plus d’un milliard de tonnes de nourriture soit un tiers des aliments produits sont gaspillées chaque année, affirme le Fonds des Nations unies pour l’alimentation (FAO) qui a appelé à « réduire les déchets alimentaires pour nourrir le monde.

Ce volume – 1,3 milliard de tonnes précisément – équivaut à plus de la moitié de la production céréalière mondiale (2,3 milliards de tonnes en 2009-2010), alors que près d’un milliard de personnes – 925 millions – souffrent de la faim dans le monde.

Source et Lire le rapport de la FAO

En général, je fais de mon mieux pour ne consommer que ce dont j’ai réellement besoin, pour l’alimentation et pour toute autre chose aussi. Chaque jour, je me rends compte de certains aspects à améliorer. Mais il s’agit plus d’une démarche de conscience personnelle et très égoïste que d’un geste tourné vers l’humanité. Parce que si on considère le problème dans son ensemble, je ne suis pas responsable des politique d’obsolescence programmée.

En fait, oui je suis coresponsable, comme un maillon dans une chaîne complexe. Mais non (chers parasites) ! La culpabilité n’est pas une solution.

L’obsolescence programmée

Alors, c’est quoi, l’obsolescence programmée ?

Voici la définition du designer Brooks Stevens: « À l’opposé de l’ancienne approche européenne, qui voulait concevoir le meilleur produit et le plus durable…l’approche américaine vise à rendre le consommateur insatisfait du produit dont il a profité quelques temps, afin qu’il le mette sur le marché de l’occasion pour acquérir un produit dernier cri au design novateur. »

Je remercie Ampipeline, fidèle lecteur de ce blogue, d’avoir proposé ce film il y a quelques semaines. Vous y découvrirez comment designers et ingénieurs ont été contraints par un cartel d’adopter de nouvelles valeurs et de nouveaux objectifs pour favoriser ce marché en perpétuelle croissance, parce qu’un produit qui ne s’use pas est « une tragédie pour les affaires ». Cette philosophie s’est ensuite insinuée dans toute la culture capitaliste, au point de devenir du totalitarisme par la séduction.

Et en grande exclusivité, vous entendrez dans ce film l’émouvante chanson Happy Birthday Dear Lightbulb, dédiée à une ampoule qui éclaire depuis 110 ans (Lien vers la webcam qui filme l’ampoule. Ça ne s’invente pas 😉 ).

Lien direct: http://www.youtube.com/watch?v=yZOBvKrvaMg

Voici quelques citations tirées du film, attribuées à Serge Latouche (Université de Paris)

Nous vivons dans une société dominée par une économie de croissance dont la logique est non pas croître pour satisfaire nos besoins mais croître pour croître. Dans une société de croissance s’il n’y a plus de croissance, c’est catastrophique.

Celui qui croit qu’une croissance infinie est compatible avec une planète finie est soit un fou, soit un économiste.

Gandhi a dit: Le monde est assez grand pour satisfaire les besoins de tous, mais il sera toujours trop petit pour satisfaire l’avidité de quelques uns.

Notre économie capitaliste fonctionne grâce à un rouage composé de publicité, d’obsolescence programmée et de crédit. Une fois que nous avons pris conscience des failles de ce système, quelles sont les alternatives ? Devons-nous tomber dans une autre forme de totalitarisme (parce que cette liberté de consommation n’en est pas une !) et ressusciter l’économie communiste où chaque production est contrôlée pour strictement répondre aux besoins conformes aux normes de l’État, qui décide rigoureusement de ce « qui est bon pour nous » ?

J’imagine que ça dépend de l’objectif qu’on se donne collectivement. S’il s’agit d’augmenter notre indice de bonheur, toute mesure de contrainte extérieure n’y parviendra pas. Alors c’est quoi, la solution qui nous évitera de frapper un mur ET nous permettra le bonheur ?

Serge Latouche propose une révolution par la décroissance, qui nous ramènerait quelque part au niveau des années’60. John Thackara, lui, propose des solutions concrètes et des innovations dans son blogue Doors of perception.

Puis il y a la conscience personnelle, celle qui nous fait réfléchir chaque fois qu’on doit poser un geste de consommation. Il y a aussi la voix du Web que j’utilise aujourd’hui pour agiter un peu les esprits. Et vous, maillon de la chaîne, que vous dit ce Jour du dépassement ?

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Publié le 28 septembre 2011, dans Consommation, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Pour « dépasser le jour du dépassement », une très intéressante vidéo de Zeitgeist :

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